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Arrêtons de couper les forêts… pour y mettre des panneaux solaires !

Pas un hectare de forêt ni de terre agricole pour le photovoltaïque !

Déclaration du Collectif « Elzéard, Lure en Résistance »

Nous, habitant.es de la Montagne de Lure, dans le département des Alpes de Haute-Provence, ne supportons plus qu’on coupe les forêts à tout va, sans aucun respect de la nature.

Comment peux-t-on infliger un tel sort à un massif constitué à 70 % de forêt et à 20 % de terres agricoles et de pâturages, cerné par de nombreux parcs naturels dont la « vocation est de protéger et de mettre en valeur les patrimoines naturels, de préserver et maintenir au mieux l'extraordinaire biodiversité de ces territoires ».

 

La montagne de Lure est impactée depuis de nombreuses années par des coupes à blanc massives, publiques et privées. Dans le milieu même de l'Office national des forêts (0NF), ces coupes rases sont de plus en plus remises en question. Une pétition a été lancée début juin 2020 par de nombreux acteurs de la filière demandant l'arrêt de ces coupes. Une autre, en avril, dénonce la généralisation du statut de contractuel à l'ONF au détriment du statut de fonctionnaire, représentant une perte de la notion de « service public forestier » et une privatisation rampante. On sait qu'une coupe rase stoppe net le cycle de la vie, dégrade les écosystèmes forestiers, bouleverse la qualité des sols et l'équilibre de la biodiversité locale.

On connaît aussi le rôle essentiel des forêts dans le maintien des sols. La période de réchauffement climatique que nous vivons actuellement a révélé combien les arbres constituent un patrimoine irremplaçable pour protéger la biodiversité et notre ressource en eau. Ils sont à la fois fragiles face à la rapidité du changement climatique, et les meilleurs alliés des humains pour préserver la vie sur terre. On sait que depuis les années 1970, mais surtout depuis la canicule de 2003, les essences majoritaires du département, pin sylvestre et chêne pubescent, sont impactés par des dépérissements très graves. La forêt méditerranéenne, très fragile, nécessite une autre sylviculture qui s'éloigne des sentiers battus de la monoculture de résineux. Depuis une vingtaine d'années, de nombreux chercheurs de l'Institut de la recherche agronomique (INRA) et techniciens de l'ONF mettent en garde et proposent de nouvelles approches : écoutons-les ! Il n'est plus possible de laisser l'ONF et les communes gérer seuls ce patrimoine, qui est le nôtre, sur un critère unique de rentabilité économique à court terme.

Des industriels avides de profit

À Cruis, à Ongles, à Banon, aux Redortiers, à Montfort et sur près de 18 villages de Lure, des industriels uniquement soucieux de rendement financier et peu respectueux de l’environnement ont décidé de surfer sur la « vague verte » pour convaincre les élus d’implanter des parcs photovoltaïques, en vue de produire de l’électricité soi-disant « propre » et peu émettrice de gaz à effet de serre. Mais on oublie souvent que l’empreinte carbone des panneaux solaires n’est pas nulle. On sait aussi que ces énergies « propres » et « renouvelables » ne remplacent pas les énergies fossiles, ni le nucléaire, mais qu'elles s'y ajoutent, car le monde n’a pas encore évolué vers une « décroissance énergétique ».

On sait aussi que les dotations de l'État aux communes ont diminué, ce qui les pousse à rechercher des financements privés pour continuer à remplir les attributions qui sont les leurs, et que l'État leur confie.

La Montagne de Lure ne sera pas livrée aux multinationales de l’énergie

Les Alpes de Haute-Provence, avec leur bel ensoleillement et leur faible densité de population sont évidemment la proie rêvée de ces grosses entreprises et de leurs filiales, comme Boralex, RES, Sonnedix, EDF, Engie, dont le seul souci est de satisfaire ses appétits de profits financiers et ceux de ses actionnaires. Déjà, certaines communes ont vu se développer des projets gigantesques, comme le parc solaire des Mées, le plus grand de France avec 200 hectares de panneaux implantés sur des terrains agricoles.

Bientôt, si nous ne faisons rien, c’est tout le territoire de la Montagne de Lure qui sera mité par des installations photovoltaïques au sol. À l’heure actuelle on recense déjà plus de 360 hectares de projets sur les communes de Cruis, Ongles, Banon, Mallefougasse, Redortiers, Simiane la Rotonde, Revest-du-Bion, etc. Pour plusieurs d'entre elles, les enquêtes publiques sont terminées, la préfecture a donné son accord, et les travaux pourraient démarrer à tout moment.

Nous avons créé le collectif « Elzéard, Lure en résistance »

Qui est Elzéard ? C’est le nom de « L’homme qui plantait des arbres », une nouvelle écrite en 1953 par l’écrivain manosquin Jean Giono pour « faire aimer à planter des arbres », selon ses propres termes. Il nous a semblé que ce nom était un symbole puissant de la lutte que nous entendons mener pour empêcher que se réalisent ces projets industrielles destructeurs.  Giono doit se retourner dans sa tombe, lui qui a vécu avant guerre au Contadour, commune de Redortiers (« Les amis de Giono » vont-ils se mobiliser ?).

Sous cette appellation, nous, habitants des villages de la Montagne de Lure, de sensibilités différentes, avons décidé de nous mobiliser de diverses manières et de nous adresser au public. Pour cela, nous avons créé plusieurs commissions de travail dont le but est d’informer et de sensibiliser la population aux dangers qui menacent notre montagne et notre environnement.

Rejoignez-nous !

Nous avons besoin de vous. Parce que les projets industriels solaires se font la plupart du temps en catimini, rares étant les communes qui organisent une information et un débat contradictoire sur leur territoire, et qu’il faut absolument les faire connaître. Parce que les organismes de l'État censés protéger l’environnement contre les projets qui menacent la biodiversité ne font pas leur travail. Parce que les institutions, comme la DDT 04, ne respectent pas leurs propres recommandations en acceptant des dérogations et des compensations. Parce que les enquêtes publiques et les recours adressés aux autorités départementales (le préfet du département, Olivier Jacob, qui a le pouvoir de décision en la matière) ne sont pas pris en compte.

Alors, si vous trouvez que la préservation de l’environnement, des arbres et de la forêt, de l’eau, de la flore et de la faune sont une priorité dans le monde d’aujourd’hui, si vous pensez que l'information et le débat ne sont pas suffisants, rejoignez-nous ! Nous avons l’incroyable chance d’habiter un territoire splendide de milliers d’hectares, un bien commun unique, ne l’abandonnons pas ! L'avenir est notre affaire.